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Lyondellbasell-Berre : Terrible chronique ordinaire de la soif de profits

" Malgré les efforts des salariés et de la direction, la raffinerie continue de subir de lourdes pertes et ne parvient pas à devenir rentable. Sans réelle perspective de rachat, nous avons donc l’intention d’engager une procédure de consultation sur un projet de fermeture de la raffinerie". Tout est dit, ou presque, dans ce communiqué froid et laconique du 27 septembre, émis par la direction du site berrois de LyondellBasell-Industrie (LBI).
La chronique
L’histoire de la pétrochimie à Berre se confond avec celle de l’industrie et du capitalisme au XXème siècle. Avec l’avènement de la voiture, du pétrole puis la construction du terminal pétrolier de Fos, le pourtour de l’étang-de-Berre devient une des plus grandes zones pétrochimiques d’Europe. (Shell, Total, BP-INEOS, ESSO, Lyondellbasell et toute les sous-traitances). En 1929, la première raffinerie à Berre est construite par une filiale de Saint-Gobain. Celle-ci après fusion avec d’autres groupes multinationaux, crée « La Shell » qui devient à Berre, à 30km au nord de Marseille, un pôle d’emploi drainant une main d’œuvre importante qui s’organise fortement autour de la CGT. En conséquence, le modèle social qui se construit sur la ville présente quelques acquis de hautes luttes : salaires, habitat, éducation, culture, infrastructures sportives… « Berre c’est un peu Shell-ville ». En 2007, les bénéfices de Shell-Berre ne sont plus assez suffisants pour la compagnie qui a mieux à gagner sur des marchés émergeants, plus prometteurs, au premier desquels la Chine (Shell décide, en janvier 2011 d’investir 5,7 milliards d’euros en chine…). Shell vend alors ses trois sites français. Ainsi Shell-Berre devient en 2008 Berre-Lyondellbasell… from Texas. 31 Mai 2011, LyondellBasell met, à son tour, en vente la raffinerie de son site pétrochimique de Berre, car tel l’explique Francis Duseux, PDG de ESSO-France de passage à Marseille le 11 avril dernier : « Dans le raffinage, contrairement aux idées reçues les marges réalisées sont faibles ». Mais pour LBI visiblement, les bénéfices sont déjà pris (4 milliards de profits en 2010), le processus de vente est alors bâclé en 3 mois par la direction. Le 27 septembre le couperet tombe : il n’y a pas de temps à perdre, mieux vaut simplement fermer la raffinerie. C’est sans doute le début du démantèlement du site pétrochimique de Berre qui s’amorce, car personne ne voit comment un tel complexe peut vivre sans une raffinerie en son sein.
Un désastre social et écologique.
Aujourd’hui LBI fait le choix d’aller développer son activité et ses profits sous des cieux plus lucratifs encore, en laissant derrière elle un désastre social et écologique. Sans solution de reconversion, 370 emplois directs sont visés, auxquels il faut rajouter 1500 autres emplois induits et sous-traitants, et un site à dépolluer. Car s’il y avait quelques acquis sociaux à défendre à Berre, la question écologique a toujours été un problème réel mais tabou, au nom de l’inénarrable chantage « l’écologie ou l’emploi ». Sur l’étang de Berre il y a depuis longtemps un nuage violet aussi inesthétique que permanent, les sites SEVESO sont au nombre de 42, le taux anormal de maladies allergiques et cancers est avéré, et le 7 août dernier, un « inoffensif » nuage de couleurs sans nom s’est bizarrement dégagé du site LBI sur l’est de l’étang et le nord de Marseille (300 000 hab). Nuage qui justifia une alerte téléphonique sur Berre, l’évacuation de la plage de Vitrolles et la fermeture de l’aéroport. Alors que la question de la disparition du site et des emplois devient un risque réel, la question écologique demeure. Qui doit assurer la dépollution du site ? C’est une question qui relève de la responsabilité des pouvoirs publics, avant que les holding foutent le camps et qu’il en revienne aux contribuables d’en assurer la charge.
En attendant, à Berre, on lutte.
A l’annonce de la fermeture de leur raffinerie, les salariés ont ressortis les braséros encore chauds du conflit des retraites, et ont décidé la grève et l’occupation. C’est l’entame d’une lutte terrible qui s’affronte directement au cynisme d’un système capitaliste seulement guidé par l’appât des profits. Il y a ici, comme pour les Fralib de Gémenos, les éléments d’un nouveau combat emblématique de la lutte des classes entre ceux qui vivent de leur travail et ceux qui font travailler leur argent. Il y a surtout là, une bataille dans laquelle se joue la condition et l’honneur de centaines de travailleurs, de travailleuses et leurs familles.
Le NPA apporte tout son soutien au combat engagé par les salariés de LBI-Berre, appelle à la solidarité de toutes et tous autour de leurs actions et à une convergence des luttes qui se mènent actuellement dans la région pour maintenir l’activité industrielle.


